D'où viennent ces quatre jeux, et pourquoi ils se jouent ainsi et pas autrement. Ces textes sont ceux des cartes de collection du jeu.
C'est dans les cafés de Paris, vers 1725, que naissent les dames « à la polonaise » sur 100 cases, bientôt appelées dames internationales. La France a codifié la rafle majoritaire et la dame volante : le damier moderne parle français.
Au VIe siècle, l'Inde invente le chaturanga, le « jeu des quatre corps d'armée » : infanterie, cavalerie, éléphants et chars. Parti sur les routes de la soie vers la Perse puis l'Europe, il deviendra les échecs. Tout a commencé là.
Si la légende du solitaire est française, le plateau de 33 trous que le monde entier connaît est dit « anglais » : popularisé dans l'Angleterre victorienne, c'est lui qui autorise le coup parfait, la dernière bille au centre exact du plateau.
Avant lui, chaque atelier taillait ses pièces à sa façon et deux joueurs pouvaient confondre un fou et une dame. Nathaniel Cooke dessine un jeu où chaque pièce se reconnaît d'un coup d'œil, le champion Howard Staunton y met son nom, et le monde entier joue encore avec depuis.
L'ancêtre indien, vers le VIe siècle. Quatre armées au lieu de deux, et des dés pour décider quelle pièce jouer. En perdant les dés en route, le jeu a perdu le hasard : c'est ce qui l'a rendu immortel.
L'awalé n'est pas un jeu, c'est une famille de plusieurs centaines, jouée de l'Afrique de l'Ouest aux Philippines. Le plus vieux plateau connu est creusé dans la pierre d'un temple, et personne ne sait s'il servait à jouer ou à compter des récoltes.
Au XVIe siècle, la dame ne bougeait que d'une case comme un pion. Un joueur anonyme lui donne la portée du fou d'échecs, et la partie change de nature : il devient possible de perdre en trois coups. On appela ce jeu « le jeu forcé », puis simplement les dames.
Vers 1725 à Paris, un officier polonais et un Français agrandissent le damier de soixante-quatre à cent cases et ajoutent quatre pions par camp. On l'appelle « jeu polonais » en France et « jeu français » en Pologne : personne n'a jamais voulu en revendiquer la paternité.
Autrefois, un joueur qui oubliait de prendre voyait son pion « soufflé », retiré du damier par l'adversaire. La règle a disparu au XIXe siècle : elle punissait l'étourderie plutôt que de récompenser le jeu. La prise obligatoire l'a remplacée.
La légende veut qu'un noble embastillé ait inventé le solitaire pour tromper l'ennui, en creusant son plateau à même la table. L'histoire est probablement fausse, la première mention datant d'une gravure allemande de 1697, mais elle a fait le tour de l'Europe.
Terminer un solitaire avec une seule bille, posée exactement sur le trou laissé vide au départ. Des milliards de parties sont possibles, une poignée s'achève ainsi. Celui qui y arrive une fois s'en souvient longtemps.
« Awalé » est le nom ivoirien du plus répandu des jeux de semailles africains, joué sous l'arbre à palabres bien avant l'écriture des règles. On dit là-bas qu'il s'apprend en une heure et se maîtrise en une vie.